Premier état du panoramique : une pelouse en pente devant un hôtel particulier de pierre claire, dans une lumière de fin de journée. L'image est déjà partagée en deux moitiés légèrement décalées ; à droite, deux hommes en manteau discutent près de la façade. Au fond à gauche, des arbres aux feuillages d'automne.
État plus avancé du même panoramique : le centre a disparu, les deux moitiés restantes se sont agrandies. La pelouse occupe presque tout le cadre. À gauche, une borne rouge devant des arbres sombres ; à droite, les deux hommes, désormais plus gros et coupés par le bord, longent le mur de l'hôtel particulier.

Panoramique (Complot)Panoramic (Conspiracy), 2012

Vidéo numérique HDHD digital video
5 min 2 s, couleur, son (prise ambiante)5 min 2 s, colour, sound (ambient recording)
Série Panoramiques (diplopie monoculaire)From the series Panoramiques (monocular diplopia)

Un parc public de Genève, presque vide, dans une lumière de fin de journée : des statues, des arbres, quelques promeneurs de dos et, au loin, deux hommes qui discutent près d'un hôtel particulier. La caméra, posée sur pied à hauteur du regard, tourne lentement sur elle-même en un seul plan continu. On entend le parc (des oiseaux surtout). À mesure que la rotation se poursuit, le regard perd son centre : l'image s'efface par son axe vertical médian, et les deux moitiés restantes s'agrandissent pour occuper tout le cadre. On voit de plus en plus gros, de moins en moins large ; le contexte s'échappe, la scène file, jusqu'à pixellisation et disparition intégrale.

Ici, la coupure centrale ne se montre pas. La ligne d'horizon est constamment réajustée pour rester au même niveau des deux côtés du centre disparaissant : la ligne verticale où l'image s'efface devient flottante, indistincte (au passage des feuillages, elle se perd tout à fait). Le titre travaille à contre-emploi : il ne se passe rien, et l'on voit de moins en moins ce rien. Complot installe une attente jamais assouvie. Que se disent ces deux silhouettes ? Que dissimule cette coupure qui se dérobe ? Premier panoramique de la série, il en pose d'emblée le paradoxe : plus on regarde, moins on voit.

Le dispositif des Panoramiques The Panoramiques dispositif

A public park in Geneva, nearly empty, in late-day light: statues, trees, a few strollers seen from behind and, in the distance, two men talking near a mansion. The camera, mounted on a tripod at eye level, slowly turns on itself in a single unbroken take. You hear the park (birds above all). As the rotation goes on, the gaze loses its centre: the image fades out along its median vertical axis, and the two remaining halves enlarge to fill the whole frame. You see bigger and bigger, narrower and narrower; context slips away, the scene races past, down to pixelation and complete disappearance.

Here, the central cut does not show itself. The horizon line is constantly readjusted to stay level on both sides of the vanishing centre: the vertical line where the image fades turns floating, indistinct (passing before foliage, it disappears altogether). The title works against the grain: nothing happens, and you see less and less of that nothing. Complot sets up an expectation that is never fulfilled. What are those two figures saying? What does that elusive cut conceal? The first panorama of the series, it states its paradox from the outset: the more you look, the less you see.

Le dispositif des Panoramiques The Panoramiques dispositif
Position dans l'AtlasPosition in the Atlas
Voir dans l'Atlas See in the Atlas
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