Première séquence, capture d'une webcam publique de Londres : vue en plongée d'un carrefour de Trafalgar Square, l'image grise et granuleuse d'une caméra fixe. Deux bus rouges à impériale amorcent le virage au centre, une camionnette blanche traverse, des piétons minuscules longent les trottoirs ; à droite, le socle d'une colonne et le bassin d'une fontaine.
Seconde séquence, capture d'une webcam publique de New York : vue en plongée d'un carrefour de Manhattan un jour de pluie, l'asphalte luisant strié de passages piétons blancs. Une douzaine de taxis jaunes remontent l'avenue, un camion de livraison blanc attend au feu ; au premier plan à droite, deux drapeaux américains pendent le long de leurs hampes.

Ville (poèmes automatisés)City (Automated Poems), 2010

Installation vidéo : moniteur, casque, socleVideo installation: monitor, headphones, plinth
Vidéo numérique, deux séquences, 1 min 56 s, couleur, son (voix de synthèse)
Images : webcams publiques, Londres et New York
Digital video, two sequences, 1 min 56 s, colour, sound (synthetic voice)
Footage: public webcams, London and New York

Une webcam publique surveille un carrefour de Londres, en plongée, immobile. Puis c'est New York. Deux villes emblématiques de la télésurveillance, vues depuis le point de vue exact d'une caméra de contrôle, sauf que ces images-là sont en accès libre : n'importe qui peut s'installer au poste d'observation. Une voix de synthèse récite. On croit d'abord entendre un poème.

Ce sont deux textes sur la ville moderne : Ville d'Arthur Rimbaud et Tout dire de Paul Éluard, que j'ai fait passer par un logiciel de traduction automatique, d'une langue à l'autre puis retour au français. Les poèmes reviennent en morceaux. Les Érinnyes de Rimbaud deviennent des « Furies » ; son crime dans la boue de la rue finit en « un crime dans la boue colle nice street » — la machine laisse un résidu d'anglais dans le français. Éluard voulait « tout dire » : le titre lui revient sous la forme de « N'importe quel mot ».

Deux appareils sont ici mis au même travail. L'un promet de tout voir de la ville, l'autre de tout dire dans toutes les langues. Chacun rend une version détériorée de ce qu'il promettait, et cette détérioration produit du sens.

Une image de surveillance ne se regarde pas : elle se consulte, on la balaie, on cherche. Ici, il faut s'arrêter, mettre un casque, et écouter jusqu'au bout. Le poste de contrôle est devenu un poste d'écoute.

A public webcam watches a London junction from above. Then New York. Two cities that stand for mass video surveillance, seen from exactly the position of a control-room camera, except that this footage is open to anyone: the observation post is free of charge and one click away. A synthetic voice recites. For a moment it sounds like a poem.

Two poems about the modern city — Rimbaud's Ville, Éluard's Tout dire — have been run through machine translation, out of French and back into it. They return in pieces. Rimbaud's Erinyes come back as "Furies"; his crime whimpering in the mud of the street ends as a sentence in which an English fragment is left stranded inside the French. Éluard set out "to say everything"; the title comes back as "any word at all".

Two machines are put to the same work here. One promises to show the whole city, the other to say everything in every language. Each returns a damaged version of what it promised, and the damage produces meaning.

Surveillance footage is not looked at: it is consulted, scanned, searched. Here you have to stop, put on a pair of headphones, and listen to the end. The control post has become a listening post.

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