La projection seule, avant l'intervention : l'interface d'une webcam publique en ligne — barre de titre « Camera powered by camplayer », onglets « Live View » et « Help to view images », horloge « Local Time : 14:40:33 » en bas. Dans la fenêtre, une vue en plongée d'un pont parisien et de ses immeubles haussmanniens, la file des voitures sur le tablier.
Cinq minutes plus tard : une personne en chemise claire, de dos, cheveux attachés, se tient contre la surface de projection, un feutre levé à hauteur du visage. Les traits noirs déjà tracés recouvrent une partie de l'image — toits, fenêtres, arches du pont s'y devinent en écriture rapide. Le corps, éclairé par la projection, masque ce qu'il cherche à relever.
Plus tard encore : le tracé a envahi toute la surface. Un maillage serré de lignes noires — façades, balcons, lucarnes, arbres redoublés — sature l'image au point qu'on ne distingue plus ce qui vient de la caméra et ce qui vient du feutre. La silhouette, toujours de dos, poursuit le geste dans la partie basse du cadre.

Vidéo-dessinCCTV-Diagram, 2009–2011

Performance : mur blanc, feutres, vidéoprojecteur, connexion internet, webcam de surveillance urbaine en temps réelPerformance: white wall, felt-tip pens, video projector, internet connection, live urban surveillance webcam
Durée variable (temps d'obstruction de la surface de projection)
Vidéo de la performance, 17 min, projection murale à l'échelle 1, à hauteur de regard
L'œuvre est aujourd'hui exposée sous sa forme vidéo ; la performance reste réactivable
Variable duration (the time it takes to obstruct the projection surface)
Video of the performance, 17 min, wall projection at 1:1 scale, at eye level
The work is currently exhibited in its video form; the performance remains re-activatable

Sur un mur blanc, la projection en temps réel d'une caméra de surveillance urbaine, qui effectue sans fin le même balayage à 360° de la ville où je me trouve. Je m'approche, le nez contre le mur, un feutre à la main, et je dessine tout ce que je crois y saisir. Je suis habillé en blanc : les images me tombent dessus, je deviens à mon tour surface de projection.

Mon ombre masque ce que je cherche à saisir. Plus je m'approche pour dessiner une forme, moins je la distingue. Le trait ne relève donc pas exactement ce que montre la caméra : il enregistre la difficulté de l'atteindre. Plus je dessine, moins je vois. La performance s'arrête d'elle-même, quand le feutre a suffisamment couvert le mur pour que l'image ne puisse plus s'y déposer. La durée de l'œuvre, c'est le temps qu'il faut pour rendre une image illisible en essayant de la lire.

Il y a quelque chose d'obstiné, et de désespéré, dans ce geste. La ville est là, à quelques rues, réelle ; je ne l'atteins qu'à travers l'œil d'une machine qui la surveille, et je m'agrippe à cette image comme à une paroi, avec un feutre, pour en garder quelque chose. Je n'y arrive pas.

Avant de commencer chaque performance, le lieu que filme la webcam m'est indifférent du moment qu'il se situe dans la même ville que moi : c'est une image de plus, interchangeable. Dès que je m'y confronte, il cesse de l'être. Il devient le lieu de mon expérience, et ne peut plus être remplacé par un autre.

On a white wall, the live feed of an urban surveillance camera, endlessly repeating the same 360° sweep of the city I happen to be in. I step up to the wall, nose almost touching it, a felt-tip pen in my hand, and I draw whatever I think I can catch. I am dressed in white, so the images land on me as well. I become a projection surface in my turn.

My shadow masks what I am trying to catch. The closer I come to draw a shape, the less of it I can make out. The line does not record exactly what the camera shows: it records how hard it is to reach it. The more I draw, the less I see. The performance ends by itself, when the pen has covered enough of the wall for the image to have nowhere left to land. The duration of the work is the time it takes to make an image illegible by trying to read it.

There is something stubborn in this gesture, and something desperate. The city is right there, a few streets away, real; I can only reach it through the eye of a machine that watches it, and I cling to that image the way you cling to a rock face, with a felt-tip pen, hoping to keep something of it. I fail.

Before each performance, the place the webcam films means nothing to me, so long as it is in the same city I am in: one more image, interchangeable. The moment I stand in front of it, that stops being true. It becomes the site of my experience, and no other place can be swapped in for it.

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