Sans titre (Lyon, réseau Saint-Jean)Untitled (Lyon, Saint-Jean Network), 2011
Impression numérique sur papier photographique, 50 × 50 cm pour chaque imageDigital print on photographic paper, 50 × 50 cm for each image
Un disque noir occupe le centre du carré. C'est l'objectif d'une caméra de vidéosurveillance, photographié de face, très proche (à l'aide d'une perche), de manière à remplir le cadre. Le verre bombé fait miroir : on y voit la rue courbée, les immeubles pliés vers les bords, des passants, le ciel et parfois, minuscule, le photographe.
La série recense toutes les caméras du quartier Saint-Jean, à Lyon. Chaque image en isole une, à la même distance, dans le même carré. Rien du contexte n'est conservé : les caméras ne sont plus fixées à des murs ou à des poteaux, elles flottent, extraites de leur environnement. Les tirages sont accrochés serrés, en grille. Le regard passe de l'une à l'autre comme d'un nœud à l'autre : c'est le maillage d'un quartier.
L'agrandissement rend visible ce qu'on ne regarde jamais. La poussière, les vis, une réparation, l'orientation exacte de l'objectif. Et sur plusieurs d'entre elles de la peinture projetée sur la lentille, qui a ensuite été remplacée. Ce n'est pas une dégradation : c'est une tentative de l'aveugler. Quelqu'un est monté jusque-là.
Ces caméras sont pourtant presque neuves quand elles sont photographiées. Lyon a été l'une des premières grandes villes françaises à équiper ses rues, dès 2000, bien avant Paris, et son parc n'a cessé de croître depuis. Il n'y a pas eu de débat public. Il y a seulement, sur du verre, un peu de peinture.
A black disc fills the centre of the square. It is the lens of a surveillance camera, shot head on from very close (using a pole) so as to fill the frame. The domed glass works as a mirror: in it you see the street bent, buildings folding towards the edges, passers-by, the sky, and sometimes, very small, the photographer.
The series inventories every camera in the Saint-Jean district in Lyon. Each image isolates one, at the same distance, in the same square. No context survives: the cameras are no longer bolted to walls or poles, they float, cut loose from their surroundings. The prints hang tight together, in a grid. The eye moves from one to the next as from node to node. This is the mesh of a neighbourhood.
Enlargement makes visible what nobody ever looks at. Dust, screws, a repair, the exact angle of the lens. And on several of them, paint thrown against the lens, which was later replaced. This is not damage. It is an attempt to blind them. Someone climbed up there.
The cameras are nonetheless almost new when they are photographed. Lyon was among the first large French cities to wire its streets, from 2000, well before Paris, and the network has grown ever since. There was no public debate. There is only, on glass, a little paint.