Sans titre (Mur de ville)Untitled (City Wall), 2011

Photographie numériqueDigital photograph
Impression numérique sur papier photographique contrecollée au mur, 250 × 167 cmDigital print on photographic paper, mounted directly on the wall, 250 × 167 cm

Une façade d'immeuble neuf, prise de face, en plein jour. Volumes blancs et gris taupe, baies vitrées, garde-corps de verre, ciel bleu. Des habitants sont accoudés à leur balcon. En bas, des passants, deux voitures, une cycliste.

Rien de tout cela n'existe. Ce n'est pas un immeuble : c'est une bâche imprimée, tendue sur le chantier de l'immeuble à venir (l'image de synthèse de l'architecte, agrandie à l'échelle du bâtiment qu'elle promet). Les plis du tissu traversent et trahissent la perspective — et peut-être aussi le rêve éveillé du promoteur.

Et sur la bâche, en bas, deux noms et une date, tracés à la main au feutre indélébile. Ce n'est pas la signature de l'architecte. C'est un tag. Quelqu'un a franchi la barrière du chantier pour signer, comme on signe un tableau, une image qui ne lui appartient pas.

C'est ce geste que la photographie enregistre : le moment où une image de synthèse, tendue sur un échafaudage, devient un objet qu'on peut s'approprier. La bâche a été signée. Elle est ensuite photographiée.

Le tirage n'est pas encadré : il est contrecollé directement au mur, sur 250 cm de large. Il ne s'accroche pas, il se tend. La salle d'exposition reçoit à son tour sa peau imprimée, et l'image change une troisième fois de propriétaire.

A new apartment block, shot head on, in daylight. White and taupe volumes, glazed bays, glass balustrades, blue sky. Residents lean on their balconies. Down at street level: pedestrians, two cars, a woman on a bike.

None of it exists. This is not a building. It is a printed tarpaulin, stretched across the site of the building to come (the architect's computer rendering blown up to the scale of what it promises). Creases run across the fabric and betray the perspective — and perhaps the developer's daydream as well.

And at the bottom of the tarpaulin: two names and a date, drawn by hand in permanent marker. This is not the architect's signature. It is a tag. Someone climbed over the site barrier to sign — the way a painter signs a painting — an image that does not belong to them.

That gesture is what the photograph records: the moment a rendering, stretched over scaffolding, becomes an object somebody can claim. The tarpaulin was signed. Then it was photographed.

The print is not framed. It is mounted straight onto the wall, 250 cm wide. It does not hang; it is stretched. The exhibition room takes on its own printed skin, and the image changes hands a third time.

Une bâche de chantier tendue, photographiée de face en plein jour : elle porte l'image de synthèse d'un immeuble neuf — volumes blancs et gris taupe, baies vitrées, garde-corps de verre, ciel bleu, des habitants accoudés à leurs balcons. Les plis du tissu courbent les lignes et gondolent les fenêtres. Devant la bâche, la rue réelle : deux voitures, une cycliste, des passants. En bas, deux noms et une date tracés à la main au feutre — « HADT & KOZLICKI / 2009 ».
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