Sans titre (18 watts)Untitled (18 Watts), 2011

Sténopé sur capteur numériquePinhole on digital sensor
Impression numérique sur papier mat non couché, 40 × 60 cmDigital print on uncoated matt paper, 40 × 60 cm

Un champ presque uni, ocre et ambré, traversé de dégradés lents. Au centre, légèrement décalée, une forme rectangulaire pâle, sans contour net, qui flotte. De loin, la feuille paraît vide. Il faut s'approcher pour que quelque chose apparaisse — et plus on s'approche, plus la forme se défait dans le grain.

L'image est faite au sténopé, sur capteur numérique : un trou, pas d'objectif, pas de mise au point possible. La lumière ne traverse pas un système de lentilles correctrices, elle s'infiltre. Le sujet, pourtant, est identifiable : une ampoule fluocompacte basse consommation, de celles qu'on a installées partout dans les bureaux et les couloirs des années 2000, au nom des économies d'énergie, et que les LED ont depuis remplacées.

Une photographie d'ampoule devrait produire un objet net, descriptible, reconnaissable. Ici, l'objet se dissout dans ce qu'il émet. La source détruit sa propre description : l'ampoule devient invisible à force d'éclairer.

Le papier mat non couché absorbe la lumière au lieu de la renvoyer. Le pigment pénètre la fibre. L'image semble sortir du papier plutôt qu'y être posée. Ce qui reste, c'est un état de la lumière et la trace déjà pâlissante d'une technologie qu'on nous avait vendue comme l'avenir.

An almost even field, ochre and amber, crossed by slow gradients. At the centre, slightly off, a pale rectangular shape floats, with no clean edge. From across the room the sheet looks empty. You have to come closer for anything to appear — and the closer you come, the more the shape falls apart into grain.

The image is made with a pinhole on a digital sensor: a hole, no lens, no focus available. Light doesn't pass through a corrective optical system; it seeps. The subject is nonetheless identifiable: a compact fluorescent low-energy bulb, the kind fitted throughout the offices and corridors of the 2000s in the name of energy saving, and since displaced by LEDs.

A photograph of a bulb ought to produce a sharp, describable, recognisable object. Here the object dissolves into what it emits. The source destroys its own description: the bulb goes invisible from the sheer act of lighting.

Uncoated matt paper absorbs light instead of returning it. Pigment sinks into the fibre. The image seems to come out of the paper rather than sit on it. What is left is a state of light and the already fading trace of a technology once sold to us as the future.

Un champ presque uni, ocre et ambré, traversé de dégradés lents, sans horizon ni repère. Au centre, légèrement décalée vers la gauche, une forme rectangulaire pâle flotte sans contour net : une clarté un peu plus jaune que le fond, qui se défait dans le grain de l'image.
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