Photogramme : l'eau vue à la verticale, d'un vert profond, semée de particules claires en suspension ; une masse plus sombre s'y devine, sans échelle repérable.
Photogramme : deux eaux séparées par une arête de béton verdie qui traverse l'image de haut en bas — à gauche une eau sombre chargée de débris clairs, à droite une eau pâle et laiteuse.
Photogramme : l'eau seule, verte et trouble, parcourue de voiles de sédiments qui la font ressembler à un ciel de nuages.

JonctionJunction, 2015

Installation vidéo : paroi de verre dépoli dressée au sol (film PVC contrecollé, profilés aluminium), projecteur suspenduVideo installation: free-standing frosted-glass panel (contact-mounted PVC film, aluminium profiles), suspended projector
Vidéo numérique HD, 8 min 21 s, sans son ; projection sur paroi de verre (170 × 302 cm)Digital HD video, 8 min 21 s, silent; projection onto a glass panel (170 × 302 cm)

Vue plongeante sur l'eau. Deux courants se longent — l'un gris et chargé, l'autre clair —, séparés sous la surface par une arête immergée ; à la surface dérivent des feuilles, du bois flotté, des poussières de lumière. Un lent panoramique horizontal balaie leur rencontre de gauche à droite, puis revient.

L'échelle et le sol se dérobent. L'image devient presque abstraite — nuages, poussière d'étoiles — puis se rétablit. Un battement régulier s'installe, comme une respiration.

La vidéo (8 min 21 s, sans son) est montée en miroir avec son propre double inversé : un champ-contrechamp rapide et régulier fait pulser les deux flux comme un métronome, tantôt en cadence, tantôt en déphasage avec le courant ; le panoramique est tenu à la main au rythme d'un souffle. Un même oiseau passe au début et à la fin. L'image est projetée sur une paroi de verre dressée à hauteur d'homme (170 × 302 cm, au format de la vidéo) ; le visiteur tourne autour, la voit sur ses deux faces, et sa silhouette peut s'y découper.

Là où le montage classique oppose deux plans, le miroir les noue en une seule respiration. De deux mouvements naît un troisième — ni l'Arve ni le Rhône, mais leur devenir l'un dans l'autre. Le mur qui sépare les eaux les fait aussi voir se mélanger : Jonction cherche dans l'eau une image concrète de la porosité — une frontière qui, pour tenir, doit rester franchissable.

A top-down view of water. Two currents run alongside each other — one grey and laden, the other clear — parted below the surface by a submerged edge; leaves, driftwood and specks of light drift across the top. A slow horizontal pan sweeps their meeting-point from left to right, then back.

Scale and ground fall away. The image turns almost abstract — clouds, star-dust — then settles again. A steady beat sets in, like breathing.

The video (8 min 21 s, silent) is edited against its own inverted double: a quick, regular shot/reverse-shot makes the two flows pulse like a metronome, now in step, now out of phase with the current; the pan is hand-held to the rhythm of a breath. The same bird crosses at the start and at the end. The image is projected onto a glass panel standing at human height (170 × 302 cm, the video's format); visitors circle it, see it on both faces, and may find their own silhouette cut into it.

Where conventional editing sets two shots against each other, the mirror ties them into a single breath. From two movements a third arises — neither the Arve nor the Rhône, but each becoming the other. The wall that keeps the waters apart also lets us watch them mingle: Jonction looks in water for a concrete image of porosity — a border that, to hold, must stay crossable.

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