Gaïa N°1Gaia No. 1, 2022
44 × 105 cm
Collection privée
D'après le modèle Sol de Terra Forma. Manuel de cartographies potentielles, Frédérique Aït-Touati, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire, éditions B42, 201944 × 105 cm
Private collection
After the Soil model from Terra Forma: A Book of Speculative Maps, Frédérique Aït-Touati, Alexandra Arènes and Axelle Grégoire, MIT Press, 2022
Une bande de ciel en haut, des rameaux en fleurs en bas, et au centre un large disque bleu cerné d'un anneau brun qui tourne sur lui-même au centre d'un carré orangé. Ce globe terrestre a été retourné comme un gant. Au cœur, ce n'est pas la surface de la Terre mais son ciel, refermé au centre du monde : on y distingue, minuscules, un avion et un satellite. Autour, l'anneau brun est la terre habitée elle-même, feuilletée en couches où affleurent, reconnaissables à la loupe, un porte-conteneurs et une plateforme sur l'eau, un champ, une ville et une centrale, une nappe phréatique ou encore une mine. Autour de ça un semis d'arcs concentriques — le signe dont les cartes anciennes marquaient la mer — désigne la masse en fusion des profondeurs.
Tout l'enjeu tient dans ce renversement : dans un globe retourné, rien ne part au loin ; ce qu'on lance vers le ciel reste dans notre milieu, car le monde est clos. Cette projection n'est pas une invention de peintre, c'est le modèle Sol de l'atlas de cartographie spéculative Terra Forma (2019), transposé ici dans les contraintes de la miniature : un usage de l'eau parcimonieux, des terres et des plantes broyées en quantités infimes, une large marge de papier nu. Un art de cour lent et fastidieux, longtemps réservé aux sujets nobles des rois et des vainqueurs, sert ici un sol commun qui renverse les hiérarchies. Non pas une illustration de la Terre mais un modèle pour l'habiter et en débattre quand le sol se dérobe.
A band of sky above, flowering branches below, and at the centre a wide blue disc ringed by a band of brown that turns on itself, set in an orange square. The globe has been turned inside out, like a glove. What sits at the core is not the earth’s surface but its sky, shut into the middle of the world; a tiny aeroplane and a satellite can be made out there. Around it, the brown ring is the inhabited earth itself, layered into strata where — legible only under a glass — a container ship and an offshore platform ride the water, a field, a town and a power station, a water table, a mine. Further out, a scatter of concentric arcs — the sign old maps used for the sea — stands for the molten mass of the depths.
The whole point lies in this reversal: in an inverted globe nothing travels away; whatever we send skyward stays within our milieu, because the world is closed. This projection is not a painter’s invention: it is the Soil model from Terra Forma, the atlas of speculative maps published in 2019, transposed here into the constraints of the miniature — a sparing use of water, earths and plants ground in minute quantities, a wide margin of bare paper. A slow, painstaking court art, long reserved for the noble subjects of kings and victors, here serves a common ground that overturns the hierarchies. Not an illustration of the Earth but a model for inhabiting it, and for arguing over it when the ground gives way.