Frigo, 1er Mai 2013, 2 minutes 30 secondes (198 minutes)Frigo, 1 May 2013, 2 minutes 30 seconds (198 minutes), 2013

Installation : écran plat disposé à l'horizontale, deux haut-parleurs sur piedsInstallation: flat screen laid horizontally, two loudspeakers on stands
Vidéo numérique HD, 198 min, couleur, sonHD digital video, 198 min, colour, sound

Deux haut-parleurs diffusent l'intégralité d'une conversation enregistrée entre une journaliste de la RTS (Radio Télévision Suisse) et son monteur, pendant qu'ils fabriquent un sujet de journal télévisé. Encadré par ces haut-parleurs, un grand écran posé à plat — comme une table — passe en boucle ce même sujet de deux minutes trente, dont l'image est ralentie de manière à durer exactement les cent quatre-vingt-dix-huit minutes de leur interlocution.

Ce sujet est un « frigo » : dans le jargon des rédactions, une brève interchangeable, gardée en réserve pour combler un vide de la grille. Le plus jetable des objets d'information. L'installation en ralentit la fabrication jusqu'à ce qu'on perçoive en quoi elle consiste : le choix d'un mot, une hésitation, le déplacement d'une phrase, les contraintes du métier, tout ce qui met le réel en récit.

L'œuvre n'oppose pas la « réalité » du tournage à la « construction » du montage : elle ralentit le geste de fabrication lui-même. Le ralenti de l'image et sa disposition à plat donnent le temps et la place d'une analyse que le flux continu de la télévision rend impossible.

Two loudspeakers play the whole of a recorded conversation between a journalist at RTS (Swiss Radio and Television) and her editor, as they build a television news item. Framed by these loudspeakers, a flat screen laid flat — like a table — loops that same item, two minutes thirty, of which only the image is slowed, until it lasts exactly the one hundred and ninety-eight minutes of their conversation.

The item is a frigo: newsroom slang for an interchangeable filler, kept in reserve to plug a gap in the schedule — the most disposable kind of news. The installation slows its making until we can grasp what it consists of: the choice of a word, a hesitation, a sentence moved, the constraints of the trade — everything that turns the real into a story.

The work does not set the "reality" of the shoot against the "construction" of the edit: it slows the gesture of fabrication itself. The slowed image and its flat, table-like placement give the time and the room for an analysis that television's constant flow makes impossible.

Vue d'installation : un écran plat posé à l'horizontale sur une table basse en bois clair, encadré par deux haut-parleurs noirs montés sur pieds, devant un rideau gris.
Photogramme du sujet télévisé : un homme aux cheveux blancs, vu de dos, marche dans un sous-bois pierreux ; en bas de l'image, les incrustations d'un journal télévisé.
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