Études cartographiques (jardin locatif)Cartographic Studies (Rented Garden), 2019–2021
Impression numérique, A3Digital print, A3
Restitution de seize mois d'observation d'un jardin citadin de 80 m², NancySixteen months spent watching an 80 m² rented garden in Nancy
Cartes établies d'après les modèles de Terra Forma. Manuel de cartographies potentielles, F. Aït-Touati, A. Arènes, A. Grégoire, éditions B42, 2019Maps drawn after the models in Terra Forma: A Book of Speculative Maps, F. Aït-Touati, A. Arènes, A. Grégoire, MIT Press, 2022
Un carré de verdure de 80 m², coincé entre des immeubles, devant la fenêtre de mon atelier à Nancy. Pendant seize mois — trois confinements compris — j'observe ce jardin de location comme on tient un carnet de terrain : les allées et venues d'un couple de merles, la lente acidification du sol sous un sapin, l'écoulement des eaux vers un cabanon condamné, le passage des avions au-dessus.
Trois cartes, réparties sur deux tirages, en restituent la vie, où l'épaisseur d'un trait dit le temps passé et l'espace occupé. Les modèles de ces cartes viennent de Terra Forma, manuel de cartographies potentielles paru en 2019 : cartographier non plus depuis le ciel, mais depuis les profondeurs du sol et depuis le point de vie — celui du vivant qui habite le lieu — au lieu du point de vue.
Une coupe fait voir le sol et les nids. Un cercle place sur un même plan, en alternance, les vivants et les choses — merles, lierre, compost, lombrics, wifi, voisins — reliés par leurs co-présences. Un troisième diagramme croise deux lignes, le droit français et le climat, jusqu'à y inscrire une retombée de césium-137 portée du Sahara par les vents.
Mettre sur un même plan les préoccupations de ces colocataires, c'est déjà déplacer un partage : décider qui compte dans un lieu. La carte n'y vise ni l'exactitude ni l'exhaustivité : elle fait tenir ensemble ce qu'un plan cadastral sépare.
An 80 m² patch of green, wedged between apartment blocks, in front of my studio window in Nancy. For sixteen months — three lockdowns among them — I watch this rented garden the way one keeps field notes: a pair of blackbirds coming and going, the slow acidification of the soil under a fir, water draining towards a sealed-off shed, planes passing overhead. Three maps, spread over two prints, set down its life, the thickness of a line standing for time spent and space held.
The models for these maps come from Terra Forma, a book of speculative maps published in 2019: mapping no longer from the sky, but from the depths of the soil and from the point of life — that of the living thing inhabiting the place — instead of the point of view.
A cross-section shows the soil and the nests. A circle places the living and the made on one and the same plane, in alternation — blackbirds, ivy, compost, earthworms, wifi, neighbours — tied by their co-presences. A third diagram crosses two lines, French law and climate, down to a fallout of caesium-137 carried in from the Sahara on the wind.
To put the concerns of these flatmates on one and the same plane is already to shift a boundary: deciding who counts in a place. The map aims neither at accuracy nor at completeness: it holds together what a land registry keeps apart.