Entretiens avec GoogleInterviews with Google, 2009–2016
8 vidéos d'écran en boucle (une par an), env. 5 min chacune, couleur, sans son8 looped screen videos (one per year), approx. 5 min each, colour, silent
Sur un socle : un écran d'ordinateur, un clavier, une souris. À l'écran, la barre de recherche de Google se remplit toute seule. « Est-ce que », « Y a-t-il », « Comment », « Pourquoi », « Où », « Faut-il », « Dois-je », « Existe-t-il », « Pourrai-je »… Sous chaque mot, le moteur déroule ses suggestions : les questions que des millions de gens lui posent réellement.
Aucun de ces mots ne veut rien dire seul. Ce sont des amorces — des mots qui en appellent d'autres. Il suffit de les taper pour que la machine les complète, et pour que se dessine, ligne après ligne, l'inventaire des préoccupations du moment : ce qu'on demande à Google quand on ne le demande à personne d'autre. La liste s'achève sur trois mots : « Continuer », « Assez », « Stop ».
L'entretien est rejoué chaque année, à la même période, pendant sept ans — huit entretiens, de 2009 à 2016. Toujours en France, toujours avec la même liste, et toujours sur une machine purgée de ses cookies : sans historique, sans profil, sans personnalisation. Ce n'est pas la mémoire d'un utilisateur qui répond, c'est la fréquence des questions de tout le monde. La série constitue ainsi un relevé longitudinal — non pas de ce que Google sait, mais de ce qu'on lui confie.
Le clavier et la souris à portée de main ne servent à rien. La vidéo tourne en boucle et la recherche se fait sans personne. Le visiteur n'interroge pas la machine : il regarde la machine s'interroger seule.
On a plinth: a monitor, a keyboard, a mouse. On the screen, Google's search bar fills itself. Is it. Is there. How. Why. Where. Should we. Should I. Does there exist. Will I be able to. Under each word the engine unrolls its suggestions — the questions millions of people actually put to it.
None of these words means anything on its own. They are openers, words that call for others. Type them and the machine completes them, and line by line an inventory takes shape: the worries of the moment, the things people ask Google when they ask no one else. The list ends on three words: Continue. Enough. Stop.
The interview is replayed every year, at the same point in the calendar, for seven years — eight interviews, from 2009 to 2016. Always in France, always with the same list, and always on a machine wiped of its cookies: no history, no profile, no personalisation. What answers is not one user's memory. It is the frequency of everyone's questions. What accumulates is a longitudinal record — not of what Google knows, but of what is confided to it.
The keyboard and the mouse within reach do nothing. The video loops and the search runs without anyone. The visitor does not question the machine. He watches the machine question itself.