Contre-plongée entre deux immeubles, filmée à même l'écran : les façades penchent de part et d'autre du cadre, floues et bleutées, et laissent au centre une bande de ciel blanc, verticale, sans nuage. Les fenêtres ne sont plus que des rectangles sombres étirés.
Photogramme entièrement flou : une bande claire verticale, laiteuse, sépare deux masses bleu-gris indistinctes. Rien n'est plus identifiable — ni façade, ni ciel ; il ne reste que le couloir de rue réduit à trois valeurs, et une trace rouge en bas à gauche.
Ciel gris-bleu nu occupant tout le cadre. En haut à gauche, la silhouette noire d'une branche feuillue déborde dans l'image ; en bas à gauche, un oiseau minuscule, sombre, ailes déployées, tenu immobile en plein vol par l'arrêt sur image.
Le raccord de Street View à découvert : une grande forme noire en étoile occupe le centre du cadre, découpée en éclats aux arêtes vives. Entre ses branches apparaissent des triangles de ciel blanc, un fragment de feuillage vert sombre et un morceau de façade — les images ne se rejoignent plus.
Photogramme flou, dominante bleue : une bande claire descend en diagonale du haut du cadre vers le bas à gauche, bordée de masses sombres. En haut à gauche, une forme noire indistincte ; à droite, une ligne oblique plus nette, seule arête reconnaissable.
Contre-plongée nette entre deux immeubles haussmanniens : les façades de pierre claire, leurs volets et leurs ferronneries, s'inclinent de chaque côté d'une bande de ciel blanc. De grands triangles noirs, aux bords parfaitement rectilignes, mordent l'image en haut à gauche, à droite et en bas — les zones que la machine n'a pas photographiées.

Ciel de ParisParis Sky, 2010

Projection murale, vidéo numérique (mini DV), 20 min, couleur, sans son, en boucleWall projection, digital video (mini DV), 20 min, colour, silent, looped
Vidéo d'écran, Google Street View, ParisScreen footage, Google Street View, Paris

Vingt minutes braqué sur le ciel. La caméra ne redescend jamais. Le parcours est réel : c'est une déambulation dans le Paris de Google Street View, filmée à même l'écran d'ordinateur, mais la vue reste levée. On avance sans voir où l'on va. Les rues défilent hors champ. On passe d'un couloir fermé par les immeubles à une trouée où flottent un arbre, un lampadaire, un oiseau immobile en plein vol.

Par moments, le trajet bute sur un obstacle qu'on ne voit pas — la limite de ce que Google a photographié. Alors on fait demi-tour, on cherche un autre chemin, à l'aveugle. Le temps, lui, ne tient pas : le ciel est bleu, puis couvert au coin de la rue suivante ; les arbres qui avaient leurs feuilles deux carrefours plus tôt les ont perdues.

Le ciel n'a pas été choisi au hasard. C'est là que les concepteurs de Street View ont placé la couture de leurs photographies — la zone où les images se raccordent, parce que personne n'est censé regarder par là. C'est exactement là que l'œuvre garde les yeux : elle regarde l'endroit où la machine recoud le monde.

Personne n'utilise Street View comme cela ; personne n'y reste aussi longtemps. Un outil que l'on consulte par à-coups, pour trouver une adresse, se retrouve étiré jusqu'à devenir contemplatif. Le titre promet l'un des ciels les plus reproduits du monde. Ce qu'on obtient est un dédale sans sol, cousu d'instants qui n'ont jamais eu lieu ensemble.

Twenty minutes trained on the sky. The camera never comes back down. The journey is real — a walk through Google's Paris, filmed directly off the computer screen — but the view stays up. We move without seeing where we are going. The streets pass by out of frame. A corridor closed off by buildings opens onto a gap where a tree floats, a lamp post, a bird held motionless in mid-air.

Now and then the walk hits an obstacle that cannot be seen: the edge of what Google photographed. So we turn back and look for another way through, blind. Time will not hold either. The sky is clear, then overcast around the next corner; trees that had their leaves two junctions ago have lost them.

The sky was not chosen at random. It is where the designers of Street View placed the seam between their photographs — the zone where images are stitched together, because no one is supposed to look there. That is exactly where this work keeps its eyes. It watches the place where the machine sews the world back together.

Nobody uses Street View this way; nobody stays that long. A tool consulted in ten-second bursts to find an address is stretched until it turns contemplative. The title promises one of the most reproduced skies on earth. What we get is a labyrinth with no ground, sewn out of moments that never happened together.

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