AutonomeAutonomous, 2009
Impression numériqueDigital print
3 × 60 × 39 cm3 × 60 × 39 cm
Trois tirages empilés à la verticale, le central au niveau des yeux. En haut, l'objectif est tourné vers le ciel : les houppiers comblent le cadre, des fragments de ciel passent entre les branches, des troncs montent du bord inférieur avant de se perdre dans les ramures. Au centre, les fûts tiennent sur toute leur hauteur, colonnade que rompent les obliques des branches mortes ; derrière, un rideau de feuillus jaunes et ocres. En bas, le sous-bois : mousses, aiguilles, fougères sèches, pierres affleurantes ; les ombres portées rayent le sol à l'horizontale.
Aucune de ces vues n'est un paysage à elle seule. C'est en passant de l'une à l'autre que le lieu se forme — et l'on s'y trouve dedans plutôt que devant.
Le découpage a la forme d'un relevé : trois étages, comme on décrit une forêt du haut vers le bas. Mais aucune vue ne contient son étage seul — les troncs traversent les trois cadres, le sol affleure sous les cimes, les cimes se devinent au-dessus du sol. La lumière non plus ne s'arrête aux étages : diffuse en haut, latérale au centre, presque tactile en bas, elle descend en devenant matière. Les troncs font le trajet inverse.
Ce qui s'apprécie ici n'est pas l'étendue d'un lieu, mais son épaisseur. Aucun chemin, aucune clairière, aucun point de vue, l'automne réduit à une qualité de lumière : rien de ce qui fait d'une forêt un paysage. Au mur, la forêt s'impose au regard : les yeux montent, redescendent, refont dans l'espace le trajet que les intervalles interrompent.
Three prints stacked vertically, the middle one at eye level. At the top, the lens points at the sky: the crowns fill the frame, fragments of sky pass between the branches, trunks rise from the lower edge before losing themselves in the boughs. At the centre, the trunks hold their full height, a colonnade broken by the diagonals of dead branches; behind them, a screen of yellow and ochre broadleaves. At the bottom, the forest floor: mosses, needles, dry ferns, stones breaking the surface; cast shadows stripe the ground horizontally.
None of these views is a landscape on its own. The place forms in the passage from one to the next — and you find yourself inside it rather than in front of it.
The division has the form of a survey: three layers, the way a forest is described from the top down. But no view holds its layer alone — the trunks cross all three frames, the ground shows beneath the crowns, the crowns are sensed above the ground. Nor does the light stop at the layers: diffuse at the top, lateral at the centre, almost tactile at the bottom, it comes down by turning into matter. The trunks make the journey in reverse.
What is taken in here is not the extent of a place but its thickness. No path, no clearing, no viewpoint, autumn reduced to a quality of light: nothing of what makes a forest a landscape. On the wall the forest imposes itself on the eye: the eyes climb, come back down, and remake in space the journey the intervals interrupt.