À bout de bras (Portraits)At Arm's Reach (Portraits), 2013

Installation vidéo 3 canaux : 3 projecteurs, 3 pieds, 3 lecteursThree-channel video installation: 3 projectors, 3 stands, 3 media players
Vidéo numérique HD, 2 min 40 s / 4 min 25 s / 8 min 10 s, couleur, sonHD digital video, 2 min 40 s / 4 min 25 s / 8 min 10 s, colour, sound

Trois projections, de trois tailles différentes. Le même visage à chaque fois, cadré de la même façon. La personne regarde l'objectif, maintenu face à elle à hauteur de ses yeux. L'image tremble et tangue.

Je filme ces portraits au bout d'une perche qui porte l'objectif à quelques centimètres du visage d'une personne rencontrée dans la rue, qui accepte d'être filmée. Je me rapproche d'un portrait à l'autre : six mètres, trois mètres, puis à bout de bras. Chaque plan dure exactement le temps que mon corps peut supporter le poids de l'appareil tenu à distance. Plus je suis près, plus je tiens longtemps. Mais chaque portrait échoue à se maintenir car le bras finit inévitablement par faiblir, l'appareil plonge jusqu'à se perdre dans l'étoffe sombre d'un manteau. Hors champ, son regard, jusque-là adressé à l'objectif, croise alors le mien. L'image s'arrête.

Les trois portraits sont ainsi les étapes d'une tentative de rapprochement qui ne devient jamais une rencontre. Ce qui rapproche la prise de vue n'a pas rapproché les personnes.

Dans l'installation, chaque projecteur est placé à la distance où je me tenais. La plus grande image est donc celle qui a été faite de plus loin, et c'est la plus courte ; la plus petite est la plus longue. Taille, durée et distance de ces trois portraits ne cessent de se contredire.

Three projections, at three different sizes. The same face each time, framed the same way. The person looks into the lens, held in front of them at the height of their eyes. The image shakes and sways.

I film these portraits at the end of a pole that carries the lens a few centimetres from the face of someone met in the street, who agrees to be filmed. I come closer from one portrait to the next: six metres, three metres, then within arm’s reach. Each shot lasts exactly as long as my body can bear the weight of the camera held out at a distance. The closer I am, the longer I hold.

But no portrait holds for good, because the arm inevitably weakens: the camera dips until it is lost in the dark cloth of a coat. Off frame, their gaze — until then addressed to the lens — meets mine. The image stops.

The three portraits are thus the stages of an attempt at closeness that never becomes an encounter. What the filming brought near did not bring the people near.

In the installation, each projector stands at the distance where I stood. The largest image is therefore the one made from furthest away, and it is the shortest; the smallest is the longest. Size, duration and distance in these three portraits never stop contradicting one another.

Le protocole, en extérieur : dans un parc en automne, un homme en sweat bleu tient à bout de bras une longue perche d'aluminium qui porte la caméra jusqu'au visage d'une femme en manteau bleu, debout à plusieurs mètres.
Les trois états du portrait, superposés sur fond gris : le visage cadré de face, puis le cadre basculé de biais, puis l'image glissée si près que le visage sort du champ.
Vue d'installation : dans une salle au sol de béton, un visage projeté en large bandeau sur le mur ; trois projecteurs posés sur des pieds télescopiques, chacun à sa distance.
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