Faire un mondeWorldmaking Ways, 2009

Mémoire de DNAPDNAP thesis
École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon
Texte théoriqueTheoretical text
Ill. : Gregory's Down Under World Map (2000)Ill.: Gregory's Down Under World Map (2000)

Un mémoire de fin de premier cycle qui prend pour objet une seule question : qu'est-ce qu'un monde, en art ? Le texte part des mots — mundus, cosmos — pour arriver à une définition opératoire : le monde comme diégèse, terme forgé en 1950 par Anne Souriau dans le champ de la filmologie. Un monde, y lit-on, ne se limite pas à ce qu'il montre : il tient par son hors-champ, et il parle autant par ce qu'il représente que par ce qu'il cache. De là, deux propositions empruntées à Nelson Goodman — dont le titre traduit la formule : faire un monde, « c'est trouver de nouvelles façons de diviser les choses » — et à Deleuze lisant Leibniz : le point de vue est ce qui structure un monde, l'angle d'où l'informe devient forme (l'anamorphose plutôt que la métamorphose). Une seconde partie éprouve ces idées sur deux cas : les représentations « en rayon X » des artistes aborigènes d'Australie, et Opéra d'Öyvind Fahlström (1952-1953).

L'auteur y développe pour la première fois deux opérateurs qui traverseront vingt ans de travail : la dialectique du montrer/cacher, et le monde comme mise en ordre du visible. Ce n'est pas un exercice d'école : c'est une première pierre.

A first-cycle graduation thesis built around a single question: what is a world, in art? It moves from etymology — mundus, cosmos — to an operative definition: the world as diégèse, a term coined in 1950 by Anne Souriau in the field of film studies. A world, the text argues, is not confined to what it shows: it holds together through its off-screen space, and speaks as much through what it depicts as through what it withholds. From there, two borrowings — Nelson Goodman, whose formula the title translates (to make a world is “to find new ways of dividing things up”), and Deleuze reading Leibniz: point of view is what structures a world, the angle from which the formless becomes form (anamorphosis rather than metamorphosis). A second part tests these ideas on two cases: the “X-ray” imagery of Aboriginal Australian artists, and Öyvind Fahlström’s Opera (1952–1953).

Here the author develops, for the first time, two operators that will run through twenty years of work: the show/withhold dialectic, and the world as an ordering of the visible. Not a student exercise — a first stone.

Un planisphère imprimé à l'envers, le sud vers le haut : l'Australie occupe le centre de la moitié supérieure, l'Amérique du Sud la gauche, tandis que la Fédération de Russie s'étale en bas au centre et que le Canada et les États-Unis apparaissent en bas à gauche, tête-bêche. Les pays sont colorés en jaune, orange et rose pâle sur des océans bleu très clair. En haut à gauche, une note liminaire justifie ce renversement ; en bas, une frise de cadrans marque les fuseaux horaires.
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